La commémoration du Contrat national de Rome du 13 janvier 1995 rappelle la tentative courageuse de forces politiques algériennes, réunies sous l’égide de Sant’Egidio, de proposer une solution pacifique à la tragédie nationale, fondée sur le dialogue, le pluralisme et la réconciliation.

Peuple de Rome !

Ensemble, nous avons partagé de grands moments de rencontre dans lesquels ont été jetés les bases d’une indéfectible solidarité humaine.

Le premier moment, aux premières heures de notre première indépendance, fût la rencontre entre le génie artistique du cinéaste antifasciste Gillo Pontecorvo et l’héroïsme révolutionnaire du peuple algérien qui enfanta un film culte : La Bataille d’Alger.

Le deuxième moment fût la rencontre entre un esprit épris de paix et de justice incarné par l’Institution de Sant’Egidio et une opposition algérienne engagée à sauver l’Algérie suite au crime politique de l’arrêt du processus électoral en janvier 1992 qui plongea l’Algérie dans le sang et l’horreur. Cette rencontre a donné naissance au Contrat de Rome signé le 13 janvier 1995.

Cette communauté chrétienne a payé le prix fort pour son engagement. Quatorze mois après la signature du Contrat de Rome, les Moines de Tibhirine furent enlevés et horriblement assassinés.

Le troisième moment fut la rencontre entre deux plumes, qui par leur expérience commune, témoignent que derrière le terrorisme, se cache un pouvoir invisible dont la finalité n’est ni la liberté ni la démocratie mais son maintien au pouvoir en vue de faire main basse sur les richesses du pays en utilisant le crime pour l’Italie et le terrorisme d’Etat pour l’Algérie. En préfaçant le livre de Habib Souadia, La sale guerre, parue en 2001, Ferdinando Imposimato atteste et signe que ce premier témoignage d’un officier à visage découvert sur la guerre qui déchire son pays fait écho à l’expérience vécue par son pays l’Italie.

Une nouvelle fois, le peuple algérien vit une période cruciale de son histoire.  Mais cette fois-ci c’est son devenir en tant que peuple qui est engagé.   

Peuple de Rome !

Le peuple algérien s’est massivement soulevé depuis février 2019 contre un pouvoir prédateur et mafieux. Un soulèvement pacifique et exemplaire qui force l’admiration du monde. Aujourd’hui, au lieu d’être solidaires avec un peuple en lutte pour instaurer un Etat de droit, l’Italie et l’Europe sont complices d’un pouvoir qui n’a ni légitimité politique ni morale et qui sème la non-vie en Algérie. Si la Méditerranée fut un haut lieu de civilisation et d’échange, elle est malheureusement devenue un cimetière à ciel ouvert ! Pour atteindre la rive nord, les clandestins de la rive sud (qui ne rêvent que d’Europe) le font au péril de leur vie et quand ils réussissent, un autre calvaire aussi angoissant et déshumanisant les attend sur le sol européen…

Comment expliquer une telle situation dans un pays qui regorge des richesses dont dispose un pays comme l’Algérie ? Au-delà des jeunes, c’est des familles entières qui tentent le voyage de l’impossible ! Face à la Hogra (mépris) du pouvoir Al harga (l’exil) s’impose tant le désespoir gagne la population qui désespère de voir la situation changer malgré la révolte qu’elle porte depuis février 2019.

L’Europe est responsable de ce sentiment d’impuissance politique qui gagne la population car elle soutient, arme et forme les forces répressives du pouvoir algérien. Le cas des sans-papiers, principalement en ce qui concerne l’Algérie, n’est pas un problème d’ordre humanitaire mais politique.

Peuple de Rome !

Le soulèvement populaire des algériens est la conséquence d’une situation sociale, politique et économiques désastreuses dont la responsabilité incombe au pouvoir mais cette responsabilité est partagée par l’Europe comme le souligne le chercheur Thomas Serres dans son article publié dans les colonnes du Monde le 29 septembre 2019 : « Vous avez mangé le pays », chantaient les manifestants. Mais le régime n’a pas « mangé » l’Algérie tout seul. Il a bénéficié de la complicité active de compagnies étrangères, et notamment européennes (la compagnie pétrolière italienne ENI par exemple), de banques peu regardantes (principalement en Suisse), et bien sûr de la bienveillance des pouvoirs publics. La France, entre autres, a été particulièrement accueillante pour les capitaux mal acquis des dignitaires algériens, notamment à travers l’achat de propriétés immobilières ».

Peuple de Rome !

Depuis presque trois ans, le peuple algérien, à la face du monde subit l’arbitraire d’un régime qui menace, opprime, emprisonne, torture, intimide toute voix opposante.  Le peuple Algérien lutte seul, désespérément seul, contre un système antinational qui se comporte comme une force d’occupation.

Peuple de Rome !

L’image historique d’un Spartacus, à la tête d’un peuple d’esclaves en révolte contre la puissance romaine s’incarne aujourd’hui dans la lutte du peuple algérien. Ce dernier personnifie à merveille la figure de Spartacus.

Il ne faut pas perdre de vue que la cause du Peuple algérien, en lutte contre le néocolonialisme et le néolibéralisme est la cause de tous les peuples libres.

 

Algérie du Peuple

 

 

 

 

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